Tu m’prends pour un fil ?

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Équipe et Soutiens

Écriture et mise en scène Line Guellati / Interprètes créateurs.trices Marion Lory, Amélie Lemonnier, AntoJo Otero.

Soutien CED (Centre des Écritures Dramatiques), Studios de Virecourt / Compagnie MAPS, Ad Libitum, La curieuse résidence 2019, Festival voix de femmes.

Sur la création / Écriture en cours

« Mon frère est un poids pour la société car on ne sait pas où le ranger. Il ne produit rien. Pourtant, il sait lire dans les atomes ! Son humour est corrosif. Il imprime l’essence des choses. C’est un magicien, il contourne des obstacles qui nous sont invisibles. Raconter des blagues extraordinaires que personne n’a jamais inventé. Fumer une cigarette entière en une seule inspiration. Dormir dehors sous n’importe quel climat. Lancer des poèmes dissonants qui ressemblent aux distorsions du monde. Arrêter le temps et le suspendre à ton impatience. Il se fiche de ce que le monde attend de lui : il rit et respire fort, il n’a pas de protocole, et s’il s’emmerde avec toi, alors il se lèvera sans rien te dire, il ira droit devant lui et il marchera (sans doute pieds nus car ses chaussures seront trop loin de ses mains), il marchera droit comme un « i », même s’il est à 2 jours à pied de son lit. »

Note d’intention – Line Guellati

Depuis plusieurs années je vole les paroles dites dissociées de mon frère diagnostiqué schizophrène. Je les enregistre et les prolonge. Je m’inspire de sa diffluence, faite d’images fortes et osées, d’inventions inclassables qui enrichissent mon imaginaire. Mon frère porte en lui ces inspirantes traces d’hétérogénéité et d’étrangeté souvent libératrices, qui surprennent, réveillent, terrorisent et fascinent tout à la fois. Aujourd’hui, ce poème expressionniste pourrit dans un hôpital psychiatrique depuis une dizaine d’années. Comment pallier aux manques de ce système excluant ? En face, se trouvent les aidant.e.s (les familles) qui s’inscrivent malgré eux/elles dans un perpétuel schéma d’inquiétude et/ou de bricolage, sans plus savoir que faire de tout cet amour de prévention. Écrire et créer autour de ces constats amène tout un tas de tensions dramatiques : Quelle place occupe t-il dans cette société ? Quelle place n’occupe t-il pas ? Est-ce un perdant ? Cela veut dire quoi : déborder ? dévier ? de quoi ? d’où ? Quand on fait un enfant considéré malade, devons-nous en être responsable toute notre vie ? Ne devons-nous pas un jour l’abandonner quand même un peu à sa vie ? Où résident nos créativités, d’où viennent nos manques, nos impuissances, nos peurs, face à ces troubles ? A qui profite le soin ? Qu’implique le diagnostic sur une vie ? D’où part l’exclusion ? Y’a t-il d’autres techniques de soins ? Comment et où se rejoindre ? Se raconter autrement ? Partager nos différences de perceptions ? En faire une force ? Si un belge sur cent souffre de schizophrénie, un sur trois a été confronté à des troubles mentaux durant sa vie, il est temps alors de repenser nos relations à ces troubles et à ceux qui en souffrent.

L’écriture en cours explore un langage scénique qui s’invente au départ de paroles rapportées, de nos explorations d’enquêteurs.trices-créateurs.rices, de nos rencontres et immersions dans des lieux en Belgique qui accompagnent et accueillent différemment les personnes dites psychotiques : L’Autre lieu, Parhélie à Bruxelles, etc … Nous tenterons ainsi de déconstruire les regards et les visions que nous avons de la maladie et du diagnostic. De chercher en scène de nouveaux modes d’expression, de décloisonner nos imaginaires en élargissant nos perceptions, en voyageant dans des narrations autres. Cette recherche est une rencontre. Entre plusieurs réalités. Qui questionne la réalité même.

A suivre…

Création : 2020-2021
Résidence de création en octobre, avec la Curieuse Résidence 2019 : exploration, recherche, ateliers et rencontres avec les publics concernés.
Restitution d’étape de travail au 14e Festival Voix de Femmes 18 et 19 octobre 2019